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Ahoo Hamedi
Regard sur l'hiver
du 12 février au 4 avril 2010
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La galerie MEKIC présente les œuvres d’une peintre iranienne d’Ahoo Hamedi, qui expose pour la première fois en Amérique du Nord. L’artiste, dont le talent prometteur interpelle et fascine, présente ici une trentaine d’œuvres de moyen et de grand format. Le travail d’Ahoo Hamedi amène le visiteur à découvrir son univers intimiste où les figures féminines, tracées tantôt avec une légèreté et une délicatesse captivantes tantôt avec une ligne de pinceau plus profonde et affirmée, demeurent empreintes de vitalité, de sensualité et de multiplicité des sens.
Ahoo Hamedi peint les silhouettes qui permettent au féminin de se dévoiler dans tous ses états et sous divers angles. L’artiste honore ainsi la féminité tout en lui refusant les normes classiques des canons esthétiques et des posés obligées. Faisant de l’aquarelle son médium de prédilection, elle maîtrise parfaitement cette technique ancestrale dont les racines remontent aux peintures rupestres. Elle la considère « libre, fluide, facile», et ses propriétés aqueuses, ludiques et évasives l’inspirent chaque fois davantage bien qu’elles exigent une vigilance constante envers la matière utilisée. À la rapidité d’exécution du geste et la palette des couleurs préférées, l’artiste ajoute l’encre qui trace avec audace les lignes du corps féminin. De cet heureux amalgame émerge les images de femmes qui s’imposent tantôt plus sombres, nostalgiques et contemplatives tantôt plus sensuelles et lumineuses.
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De prime abord, quelques compositions se démarquent. Habillé ou mise à nu, le corps y est tracé, à la fois beau et fragile, et il s’affirme dans sa féminité pendant que le visage qui l’accompagne refuse une délimitation précise. En effet, sur certains dessins d’Ahoo, le corps est une charpente multidimensionnelle et voluptueuse pour les visages qui se fissurent, se diluent, s’embrouillent ou se voilent. Mais ces visages qui tentent de disparaître, aussi indiscernables soient-ils, sont essentiels à l’œuvre, car ils lui donnent une vibration particulièrement forte. En effet, imprévus et ambivalents, parfois même quelque peu androïdes, ils leurs octroient une assise qui permet un éventail de lectures.
Alors que certains tableaux demeurent plus délicats et plus insaisissables pour le spectateur, d’autres sont habités par des figures féminines qui s’imposent avec une clarté et une fermeté incontestables. Leur présence ainsi fortement affirmée s’empare de l’ensemble du tableau. Ici, les femmes enceintes en robe rouge attentent un accomplissement prometteur pendant que les images des filles en effervescence juvénile se reflètent dans les miroirs. L’introduction des surfaces de ces derniers permettent d’ailleurs à Ahoo Hamedi de jouer avec la métaphore de la « face cachée » porteuse d’énigme enfouie dans le for intérieur de chacun. Grâce aux reflets, ses figures féminines se montrent à nous plus entières, plus vraies, plus transparentes émotionnellement.
Cependant, même si l’artiste désire s’attarder à ce qui demeure invisible et insaisissable, elle n’insiste pas sur l’exactitude de signification qui émerge devant les yeux de celui qui découvre son œuvre. Voulant le laisser libre, l’artiste l’encourage à rester attentif uniquement à la lecture personnelle, aussi incertaine ou chaotique soit-elle. |
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Dans cette galerie de dessins présentés, un autre détail attire notre attention. En effet, d’un tableau à l’autre, ce qui fascine et intrigue est inscrit dans les yeux de ces figures féminines. Parfois fermés, parfois agrandis, embrouillés ou étrangement cernés, les yeux parlent. Miroirs de l’âme, ils ne trompent pas dans l’émotion véhiculée. Regardant au loin ou venant de loin, ils semblent remplis d’appréhension, de solitude, de tristesse, ou d’angoisse. Et même si par moment ils paraissent plus calmes, leur quiétude fragile ne recèle ni bonheur ni joie. Alors, est-ce que les yeux de ces femmes amènent et expriment un certain isolement, voire un inaccomplissement ? Est-ce un récit déguisé susceptible de permettre à l’art de faire un examen des enjeux liés au pouvoir, à l’identité et à la place de femmes dans la société islamique dominée par l’homme ?
Certains critiques ont tôt fait de voir dans ses œuvres un message aux tendances revendicatrices et engagées. Or, Ahoo elle-même s’en défend, ne désirant pas donner à ses toiles une connotation politique. Certes, ancrée dans la réalité iranienne, elle admet s’inspirer de ce qu’elle voit autour d’elle, prenant même parfois pour modèle des femmes qu’elle connaît. Mais en dépit de ce constat, dans l’exercice de son art, la jeune artiste avoue se laisser guider et émouvoir avant tout pour la beauté, la douceur et la perfection des formes féminines, source d’inspiration intarissable.
Ainsi, force est d’admettre que le fait de savoir si les femmes qui habitent ses œuvres sont des Iraniennes d’aujourd’hui s’avère inutile pour celui qui veut suivre la jeune peintre dans sa démarche artistique.
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Car pour Ahoo Hamedi, la création artistique est un cheminement personnel qui l’amène bien au-delà des sentiers et du pouls de la vie qui l’entoure. La peinture demeure pour elle un moyen qui lui permet de découvrir le mystère qui l’habite à son insu, celui qui sans la méditation du pinceau resterait muet et immobile au fond de son âme. Ainsi, provoquant une sorte de catharsis, l’art libère en elle un éventail d’émotions qui à l’instar des vagues émergeant dans la spontanéité, vivent quelques instants pour se briser sur les surfaces de ses toiles en une multitude d’images parfois, tristes, parfois joyeuses.
Ajoutons qu’alors que sa signature artistique s’affirme chaque fois davantage, de plus en plus nombreux sont ceux qui, reconnaissant son talent remarquable, trouvent que ses peintures habitées par une beauté peu classique allient admirablement le geste à l’instinct et à l’émotion. Et tant pour les Iraniens qui ont quitté l’Iran que pour ceux qui continue à y vivre, Ahoo Hamedi arrive à saisir dans ses œuvres une certaine énergie qui habite, si ce n’est pas le quotidien iranien, à tout le moins l’âme iranienne qui demeure tout en audace et retenue, pudique et osée en même temps…

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