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Resurgir
de Khosro Berahmandi

du 4 octobre au 16 novembre 2008



1. Le dernier hymne

La galerie MEKIC qui a déjà accueilli l’année passée l’artiste iranien Khosro Berahmandi avec l’exposition Argile étincelante, nous offre l’occasion de le redécouvrir avec sa nouvelle exposition Resurgir. L’année passée la terre brillait de tous ses feux, sous la magie fulgurante des pinceaux de Khosro. Cette fois-ci, l’artiste nous propose une sorte de printemps des couleurs et des formes, une renaissance des forces vives de la nature qui jaillissent sur la toile avec force et passion. Influencé autant par Paterson Ewen, Norval Morrisseau que l’art pictural indo-iranien de la miniature du 11e au 16e siècle, le travail créatif de Khosro Berahmandi développe une esthétique originale qui plonge le spectateur dans un labyrinthe infini de créatures énigmatiques qui interpellent et fascinent le regard.

En effet, l’œuvre de Khosro est le reflet de son parcours de vie. On y décèle autant les influences multiples de la riche tradition persane de sa jeunesse passée en Iran, que les enseignements appris lors de ses séjours en Italie, en France, ou lors de ses années de formation en Ontario. Au confluent de multiples influences, la peinture de Khosro Berahmandi tisse un lien entre l’Orient classique et l’Occident contemporain, entre la tradition des miniatures et l’exubérance de la peinture abstraite, entre les motifs carrés de la tapisserie traditionnelle et les créatures fantasmatiques qui peuplent ses tableaux. 

Et on devine qu’il y a même quelque part les influences du génie italien de la Renaissance qui a si profondément marqué Khosro lorsqu’il a séjourné à Rome. Est-ce que ce sont les courbes de ces corps féminins qui évoquent les déesses callipyges des grands maîtres? Ou bien n’est-ce pas plutôt son utilisation si particulière des ors et des rouges pour enluminer ses scènes qui évoquent le même délicat usage des couleurs par ses illustres prédécesseurs? Car au-delà de ses dehors fantasmatiques, il y a quelque chose d’éminent classique dans la peinture de Khosro.

 


2. Bête épatée

3.Tour de cendres



4. Ondulée

5. Charge de miroir

En effet, l’artiste est parvenu à une maturité évidente, caractérisée par une parfaite maîtrise de la composition, une précision d’orfèvre dans la finesse du trait et l’affirmation de motifs récurrents qui surgissent et ressurgissent sans pour autant se répéter. Son style si unique, mais reconnaissable entre tous, s’appuie sur ses lignes dorées qui circonscrivent minutieusement l’espace pour perturber l’obscurité de la surface de bois noir. Ses lignes omniprésentes sont autant les racines que les ailes de l’univers singulier de Khosro, elles sont semblables à ces fils de tissus qui se croisent et s’entrecroisent pour tresser les motifs des tapisseries traditionnelles. Elles sont l’origine et l’aboutissement de son univers, le lien de vie unique et vital autour duquel tout s’articule. Véritable fil d’Ariane de sa peinture, les lignes blanches ou dorées se démultiplient et tressent sur le fond noir de nos imaginations un bestiaire fantasmatique empreint de toutes les symboliques.    

Dans ce monde de tous les possibles, peuplé essentiellement d’animaux, car Khosro qui les aime profondément donne une valeur égale à tous les êtres vivants, c’est l’imaginaire qui  règne en maître. Les animaux, symbole exemplaire de la nature d’avant la corruption par la civilisation, du lien entre tous les éléments du vivant, sont le point d’ancrage de chacune des compositions de cette série de peinture. L’exposition est composée de trois «passages». Les deux premiers intitulés respectivement Vie de l’œil et Iris de la vie déploient devant le spectateur une série de diptyques et de triptyques habités par ces animaux dont la poétique du regard, font et défont les fils qui tissent l’amour, depuis la conception, en passant par la naissance et pour finir avec le stade ultime de la disparition du vivant. Le troisième«passage», propose quant à lui, les tableaux qui ont servi de source d’inspiration pour le spectacle multidisciplinaire Éclats nocturnes présenté au printemps passé dans le cadre du Festival Accès Asie et dont le motif central était la naissance.  


 

L’imagination de Khosro déborde le seul règne animal et métamorphose également toutes les autres composantes de son univers. Ainsi, la lune qui rougit ou qui verdit selon ses humeurs, mais qui éclate et scintille toujours avec autant d’ardeur et qui parfois devient bleue, se scinde en deux sphères qui se fracassent l’une dans l’autre. Les corps peuvent se dispenser d’une tête et opter pour une posture évanescente, tandis que les flammes des bougies peuvent devenir bleues le temps d’un repas, et le candélabre qui borde le tableau peut soudainement prendre l’apparence d’une bibliothèque de livres rangés. Toutefois, cette profusion d’imaginaire n’est pas désordonnée, bien au contraire, elle est très encadrée, soit par la multitude des lignes qui encerclent et délimitent les aplats de couleurs, soit par la multitude répétée des cadres et des cercles qui délimitent les frontières de son imaginaire. Car s’il y a encore la fougue de la jeunesse dans l’œuvre de l’artiste, elle voyage désormais accompagnée de la sagesse que confèrent l’âge et l’expérience de Khosro.

Le dessin de Khosro Berahmandi s’apparente au style naïf avec ces traits qui refusent d’imiter la nature et préfère le chemin audacieux de la représentation symbolique. Car dans ses toiles, ce qui importe ce n’est pas tant la représentation platement figurative d’un animal que l’idée même de l’animal qui permet d’atteindre l’universalité au-delà des figurations. Dans cette série, les figures présentées n’ont pas d’identité particulière, il n’y a aucune référence historique spécifique. L’abondance des détails vise à faire échapper la peinture à la particularité pour mieux  atteindre l’universel.

En plus de viser l’universel, le refus du mimétisme pictural permet à Khosro d’ouvrir entièrement les chemins de l’interprétation et oblige le visiteur à se plonger dans les œuvres pour les ressentir plutôt que les comprendre. Il nous oblige à mettre nos sens en avant plutôt que notre raison, que nous devons suspendre à l’entrée avec nos manteaux, il veut que nous nous laissions emporter par le chaos ordonné qu’il provoque. Et pour mieux confondre Khosro s’amuse avec cette convention du genre que sont les titres des œuvres. Plutôt que de répondre au besoin du visiteur désireux de trouver un repère pour son interprétation dans les mots qui chapeautent les tableaux, l’artiste nous refuse cette béquille sémantique et nous renvoie à notre propre désir de sens. Il choisit ses titres de telle manière que le visiteur soit encore plus confus après leur lecture qu’avant, c’est sa manière de nous dire, faites confiance à vos sens et osez regarder au-delà des surfaces noires et des images et apprenez à regarder dans les intervalles et dans le non-dit.

 


6. Taureaux cuivrent



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Heures d'ouverture:

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Sam & Dim: 12h - 18h

     
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