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Exposition : du 19 juin au 30 septembre 2009



Tout en se gardant de porter un jugement moral, en tant qu’artiste, Nazanin désire donc nous inviter à une remise en cause de ses stratégies identitaires. Grâce à ses dessins, elle veut aller au-delà des apparences pour atteindre la dimension identitaire liée à l’appartenance à soi.

Subjectives et émotionnelles, les lignes tracées sur chaque dessin tentent d’exprimer ce qu’elle a saisi de ceux qui l’ont appuyé dans sa démarche artistique et qui lui ont dévoilé à des degrés divers les pans de leurs pensées, de leurs secrets ou de leurs peurs qui prennent leur source dans la dualité entre ce qu’ils sont face à l’altérité, ce qu’ils sont pour eux-mêmes et ce qu’ils veulent être.

Chaque dessin raconte ainsi une histoire personnelle d’un individu qui entame un dialogue de confiance avec l’artiste. La nudité devant soi-même et devant l’artiste démontre également une implication sincère dans cet exercice sensible de la recherche de la vraie nature, volonté implicite de se retrouver.


Cet été, la galerie d’art MEKIC a le privilège de vous inviter à entreprendre une incursion fascinante dans l’univers artistique de Nazanin Afshar. Dans son exposition réunissant 35 dessins de moyens et de grands formats, cette jeune artiste nous invite à réfléchir et à répondre à la question de ce que nous sommes pour nous-mêmes, au fond de nous-mêmes.

Ainsi, sans chercher à redéfinir la notion d’identité, qui constitue une des questions primordiales de la philosophie depuis le célèbre « Connais-toi, toi-même », inscrit sur les portes du temple de Delphes, Nazanin Afshar tente ici de comprendre l’identité intime de l’être humain qui demeure souvent voilée par son identité sociale bâtie sur l’appartenance à une société, à une culture et à une tradition.

Au moyen de son art, Nazanin Afshar se penche alors sur la question identitaire afin de réfléchir sur l’individu qui, en tant qu’être autonome, forge une grande partie de son identité au moyen des relations sociales et de l’identification à l’autrui. Selon l’artiste, vu l’organisation de la société, tout en étant inévitable, ce processus éloigne l’homme de sa vraie nature, l’handicape et l’emprisonne.

En effet, poussé par le désir de reconnaissance et d’identification au sein de la société, l’individu apprend ainsi à être ce qu’on lui dit d’être, et cet apprentissage installe en lui une sorte de clivage entre son identité sociale et son identité personnelle. Ce conflit s’avère souvent douloureux, car il pousse l’individu à s’enfermer dans un monde qui peut être parfois rempli de tristesse, d’hypocrisie et de fausseté.

 









Travaillant habituellement avec une palette riche en couleurs, pour ce projet Nazanin a choisi de se limiter uniquement à l’encre noire qu’elle anime avec les différents pinceaux, de l’eau et la texture du papier. Selon elle, ce procédé lui permet d’amener plus rapidement le spectateur à comprendre la portée de son œuvre qui va au-delà de ce qu’on voit de l’extérieur

Comme elle le dit, ce qui importe dans ses dessins ce n’est pas tant la représentation figurative de l’individu, mais le détail caché quelque part dans le regard détourné, certains traits minimisés ou encore plus loin dans ce quelque chose qui repose au creux d’un visage embrouillé.

Pour nous permettre de mieux laisser errer nos sens  devant ses toiles, Nazanin refuse de leur donner des titres car, selon elle, ceux-ci revêtent un caractère subliminal et influencent l’émotion du spectateur à son insu.  Ainsi, elle nous invite à trouver par nous-mêmes  le titre, le  sens profond de l’œuvre et la réponse aux questions : est-il possible de se connaître soi-même ? est-il possible de connaître les autres tout à fait ? Entrez, et découvrez…



 

Biographie

Nazanin Afshar est née en Iran dans la ville de Isfahan en1977. Dans cet environnement riche en art, qui abrite deux merveilles d’architecture : le palais Chehel Sotoun et la magnifique mosquée Nagsh-e-Jahan, Nazanin se sent rapidement appelé par la vocation artistique et plus particulièrement par l’art pictural. En effet, durant son enfance et son adolescence la peinture devient son passe temps favori qui remplie plusieurs fonctions. Tout d’abord, en tant qu’une distraction joyeuse et insouciante, elle remplit la fonction ludique qui permet à la jeune fille de s’imaginer un monde différent doté de formes et couleurs irréelles. Ensuite, sans limite, elle lui facilite une évasion dans l’imaginaire qui peut être reconstruire à l’infini. Finalement, elle lui sert de l’exutoire qui permet d’exprimer et de vivre toute un éventail d’émotions entre les teintes noires et grises et bleues de la tristesse et du désarroi, par les éclats rose- magenta de la joie ou encore par le trait d’un rouge écarlate dont certaine agressivité intuitivement symbolise pour elle par la colère.   

Il n’est pas donc étonnant qu’à l’âge de 18 ans, au moment où elle doit faire le choix de sa profession future, Nazanin abandonne définitivement le chemin trace par son père- médecin, elle quitte sa ville natale et se rend à Téhéran pour y suivre des études universitaires en art. Comme elle le relate anecdotiquement elle-même  « A cette époque, j’ai réalisé qu’en dépit de toute admiration que je vouais à mon père je ne pouvais pas suivre sur ses pas, car mon intérêt pour la médecin se limitait aux images, schèmes, croquis des corps humain dont les livres de médecin étaient remplis. Ce n’est pas  alors la science de ses images qui me fascinait mais le trait, la ligne, l’angle sous lequel les corps ont été présentés » 

Une fois à la capitale, Nazanin entame les études universitaires en photographie à l’université Azahra puis se concentre sur la peinture et obtient un baccalauréat en Arts plastiques de l’université Azad en 2000. Elle complète ensuite sa formation académique en participant à des ateliers en studio avec les artistes iraniens renommés Ahmad Vakili et Hannibal Alkhas. Grâce à eux, elle pénétré le milieu culturel de la métropole et explore en profondeur les courants artistiques qui marquent cette époque. Elle comment  également à exposer en groupe et en solo tout en poursuivant une quête personnelle afin d’acquérir une meilleure maîtrise des techniques et une plus grande affirmation de son langage d’expression artistique.

De plus, pendant ce temps-là Nazanin entame et pousse  chaque fois plus loin son réflexion sur les questions sociales et politiques qui marquent la réalité de son pays car le rôle de l’artiste, selon elle, est de donner le pouls de ce qui se passe dans le monde qui l’entoure. Pour cette raison, jeune artiste enrichit sa pratique artistique comme rarement elle l’a fait auparavant avec une pensée méthodique et rationnelle sur l’art qui  demeure libre, intuitive et individuel mais qui se doit d’enlever les frontières entre l’artiste et la réalité en  redéfinissant  l’objet d’art dans un contexte qui demeure esthétique tout en devenant social et engagé.

Ainsi ayant grandie dans l’Iran qui a suivi la révolution islamique de 1979, Nazanin développe alors une œuvre qui porte principalement sur la condition des femmes dans sa terre natale. Sans vouloir nécessairement se proclamer féministe, elle témoigne dans ses œuvres les contraintes imposées aux femmes dans leur quotidien. Ses premières œuvres s’intéressent plus particulièrement à l’oppression dont sont victime les femmes et les effets psychologiques et affectifs qui en découlent. Nazanin qui est profondément interpellée par cette réalité privilégie dans son approche l’introspection avec des formes et couleurs qui expose la douleur vécue et intériorisée. Cependant, peu après, même si ses procédés artistiques prennent leur élan et l’artiste trouve sa voie, Nazanin reste marquée par une impression « d’étrangeté », celle de demeurer en dehors de son temps en tant qu’artiste femme. En effet, sa condition physique, dans son propre pays l’empêche de poursuivre sa recherche d’une peinture sincère et sans compromis.

Par conséquent, comme nombre de ses compatriotes, Nazanin décide de quitter l’Iran et en 2005  elle s’installe à Montréal où elle espère expérimenter plus librement sa vision artistique. Or, en dépit de ses attentes, elle ne peut pas poursuivre sur le chemin de l’art dès son arrivée car tant en tant que peintre qu’en tant qu’un être humain, venue d’un pays traditionnel, elle vit un « choc culturel » qui l’oblige à s’arrêter afin d’effectuer une analyse approfondie de la nouvelle logique de vie qui s’anime devant elle. Non seulement la jeune artiste doit trouve sa place parmi ceux qui maintenant deviennent ses compagnons et amis (elle doit s’ajuster à leurs culture, leurs codes comportementaux, leurs soucis et leurs peurs), mais elle doit également se retrouver en tant qu’artiste. Cette période s’avère donc très déstabilisante car ayant travaillée dans un premier temps pour explorer les thématiques de l’oppression faite aux femmes, fidèle à son leitmotiv sur le rôle de l’artiste dans la société,  elle ne peut plus faire des enjeux féminins son thème de prédilection et doit entamer un dialogue différent avec un public nouveau.

Durant cette période, l’évolution artistique de Nazanin est favorisée par l'afflux d'idées nouvelles sur l'art et sur sa place dans le monde. Peu à peu, sa vie montréalaise, l’amène à expérimenter tant une multitude de nouvelles idées que les nouveaux matériaux, ou de nouveaux procédés. Progressivement elle s’oriente vers une démarche plus libre et explore de divers thèmes, entre autres celui de d’exil ou de l’identité dont la complexité permet un enrichissant dialogue avec le spectateur. Présentement elle continue à développer son style qui s’inspire d’art moderne, d’art postmoderne et de l’art traditionnel iranien. Elle s’implique également  dans la vie culturelle de la métropole, avec des expositions collectives et solo et  de nombreux atelier de peintures qu’elle offre. Tout en  nous conviant à la suivre dans la démarche artistique qui a pour but de renouveler le regard que nous y portons sur nous et sur la société, Nazanin nous invite à participer activement au processus créatif qui met au défi nos perceptions et nos fausses certitudes.
 
Pour finir, sur un ton plus léger, plus jovial, plus coquin, elle aime souligner  qu’à travers son art elle cherche de surcroît à rendre hommage à la beauté de tout ce qui nous entoure, à l’art en soit car elle sourit et elle nous dit  « ce n’est pas juste une chaise que vous voyez là , c’est une belle chaise »


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