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CONFÉRENCE
L’historien de l’art Dominique Clévenot définit l’art musulman classique par la prédominance de « l’esthétique du voile ». L’image du voile est en effet fondamentale dans l’imaginaire musulman, dans la tenue traditionnelle des femmes, dans les principes de l’organisation urbaine et architecturales, comme dans les textes fondateurs qui utilisent la métaphore du voile qui cache le divin pour en signifier l’inaccessibilité et la magnificence. Clévenot remarque que cette importance du voile est telle qu’elle façonne la représentation du corps humain dans l’art musulman classique, toujours couvert par des vêtements qui ressemblent plutôt à des écrans le cachant. Une autre historienne de l’art, Lisa Golombek envisage ce phénomène comme inscrit dans le cadre plus général d’une mentalité arabo-islamique qu’elle appelle « mentalité textile ». On pourrait selon elle interpréter la prédominance des ornementations murales et des arabesques dans l’art islamique comme la production d’un effet textile, émanant de cette mentalité qui tend à tout couvrir de textile. Cette analyse est en effet pertinente pour la réflexion sur l’art islamique, mais elle gagne à être comprise dans une perspective comparative. L’effet esthétique de voile et la prédilection de l’effet textile sont en réalité présents dans d’autres cultures. Il s’agit d’un paradigme esthétique qui privilégie le « caché » et le bidimensionnel, que l’on peut retrouver chez Klimt et Klee aussi bien que chez les artistes musulmans du moyen âge, et qui s’oppose à un autre paradigme esthétique qui privilégie le « nu » et le « découvert », qui prédomine la statuaire gréco-latine, mais qui se rencontre aussi chez certains artistes contemporains d’origine musulmane. Notice biographique :: Walid El Khachab Après avoir fondé le programme d’études arabes de l’université Concordia en 2004, Walid El Khachab est devenu depuis 2007, professeur adjoint en études arabes, au département des langues, littératures et linguistiques de l’université York. Dans sa thèse de doctorat, il explore entre autres, le rapport entre l’héritage de l’islam mystique et la théorie de l’image. Ses publications récentes portent sur le panthéisme et le mysticisme en général, particulièrement au cinéma. Il a récemment consacré une étude à ce sujet dans la revue Intermédialité, intitulée « Face of Man and Surface of the World. Reflections on Cinematic Pantheism ». Cette approche inspirée par la dimension panthéiste de l’islam mystique a motivé son intérêt pour l’image du voile au cinéma et dans l’art -le voile étant une figure mystique par excellence, soit la barrière réelle ou imaginaire qui à la fois sépare et relie l’humain et le divin. Cette image n’est pas seulement à l’œuvre dans la représentation du corps féminin. Elle l’est d’autant plus comme principe esthétique fondamentale sous-tendant toute production artistique islamique. Le projet de recherche actuel de Walid El Khachab s’intitule : Celluloid Veil and Camera “Revelation”.
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